journal d'un cancer ordinaire

pagurus mon crabe

marcodepaname | 19 avril, 2010 13:50

 

                                                MON CRABE

     26 février 2010

Depuis hier c’est trois fois officiel,  pour la troisième fois j’ai aidé le troisième médecin à prononcer le mot fatidique « CANCER ».                                     

Depuis le début des examens quand des « anomalies »son apparues sur les premiers résultats et dans le langage des toubibs j’ai commencé à me préparer a cette éventualité.

Ironie du sort, deux moi auparavant  je fumais la dernière pipe qui scellait quarante années de tabagisme forcenée.

Après deux timides tentatives pour arrêter de fumer ; et devant le succès du traitement CHAMPIX sur ma compagne CAROLE qui culminait a une trentaine de cigarettes par jour, je me suis laissé embarqué pour le traitement miracle.

De miracle, il faut bien le dire il n’y en a pas. Juste la volonté d’aller voir le médecin de circonstance ; d’avoir vraiment envie d’arrêter de fumer, de bouffer le cacheton et enfin de poser sa putain de dernière cigarette

Y a pas de miracle mais le champix ça aide vachement !!!

Fini la pub revenons a mon crabe.

J’arrête donc de fumer et tout va bien !merci qui ?tout va bien,  tout va même très bien…

Un moi, un tout petit moi.

Un soir en sortant bouba ma chienne,  je tousse je tousse et je crache ; je crache noir.

« Pas beau ça »je me dis.

Tousse tousse  j’avais l’impression d’un pot d’échappement  qu’on décalamine.

« Ben dit donc ça nettoie son traitement ! »Je dis à carole en rentrant.

Le problème est que de crise en crise, qui se rapproche, carole constate que ce que je crache se rapproche plus a du raisiné qu’au dégazage d’un tanker.

Mon crabe me rappelle ces crabes qu’en Bretagne on appelle « dormeurs » (tourteaux en parisien).

J’ai arrêté de le nourrir et cette saloperie c’est réveillée.

 

                               

                27 février 2010-02-27

               

Il me semble que le mot cancer prend une dimension tragique bien plus importante pour mon entourage que pour moi-même.

Ils me donnent l’impression d’assimiler directement la maladie a la mort.

Alors que pour moi (et beaucoup d’autres malades j’ose l’espérer)  c’est plutôt synonyme de combat donc de survie ; et le combat gagné c’est la vie !

                J’ai téléphoné à ko ko ma frangine qui sort avec succès de son combat avec un cancer du sein. A qui d’autre pouvais je téléphoner ?

C’est drôle, elle me disait avoir puisée sa force dans la détresse de ses enfants et de ses proches. Ma réaction étant similaire elle m’a dit que mon combat était bien engagé.

Avec des alliés comme ça je m’imagine st. Michel terrassant le dragon (pour l’image voir la fontaine métro st. Michel paris).

Il y a ko ko et tout les autres que tu sens concernés par cette bagarre .Au premier rang chef carole ma compagne, qui s’est promis de me faire bouffer envers et contre tout pour que la machine suive la tête .Les enfants et les petits enfants qui sont l’essence de la vie mon moteur.

Il y a  aussi  tous ceux que je n’attendais pas. Tous ces coups de téléphones surprises qui te réchauffe le cœur.

Je suis malgré tout conscient  que beaucoup de malades n’ont pas la chance d’avoir un entourage comme le mien .A moi de ne pas les décevoir.

 

 

 

                               Le 1er mars 2010-

J’attaque ma deuxième semaine à la maison. Tout cela demande une certaine organisation.

Lever, petit déjeuner, repassage et direction salle de bain ; ce n’est pas parce que ça pourri de l’intérieur qu’il faut négliger l’extérieur, au  contraire !

Sortir la bounette, ma chienne bouba ou nénette selon l’humeur.

En rentrant ,je me suis mis au journal alors que j’avais prévu de casser la croute et de préparer la bolognaise  pour ce soir.

J’ai faim à plus tard.

J’ai téléphoné à Henri, le frère ainé. Force est de constater que les premiers touchés par les aléas du temps sont les plus jeunes. Je n’ai déjà que 57 balais et koko 60.Les trois autres, Guy  Gisèle et Henri n’ont pas l’air pressés. Surtout ne changé rien hein !tout va bien.

Tout semble si fragile parfois.

Demain derniers examens avant chimio. Quand sera t-il après de mes bonnes résolutions physique et morale ? Pas de panique, je me motive : tout va bien.

Tout va très bien même julien, mon fils, le petit dernier qui me dépasse d’une tête m’a téléphoné ; les résultats de l’examen qu’il attendait sont positifs. Tel que je présente l’affaire l’on pourrait  penser médical, mais c’est pour son boulot et c’est très bon pour lui, dans le long terme.

J’aime le long terme ça élargi mon horizon.

  

Le 2 mars 2010-

Ca y est, j’ai poussé la porte de l’unité de soins des malades du cancer. En résumé, la visite en pré chimio m’a directement propulsé dans ce qui va devenir l’antre de mon combat contre la bête

C’est une ambiance, une autre ambiance.

Tu sens le personnel soignant, de l’infirmière au toubib, totalement investis contre la maladie.

Un combat dans lequel ils t’immergent.

Après tout c’est toi que ça concerne.

  

                               

  

                    Le 3 mars 2010-

 

Fanny, ma fille est venue passer la journée avec moi. Mais Fanny c’est aussi Idriss son fils de seize mois, demain. Je disais l’autre fois que les enfants étaient l’essence de la vie ; Idriss, lui, aurait plutôt la densité du kérosène. Ce n’est pas fait pour me déplaire

Une journée pour occulter la maladie.

 

 

                    Le 4 mars 2010-

 

Seul et songeur depuis ce matin, les pensées ne sont pas plus négatives que pessimistes. Juste la préoccupation de passer le plus agréablement possible le temps qui me sépare du traitement. Le traitement proprement dit commence le 9 mars ; vue l’état du râtelier, j’ai rendez-vous en stomatologie pour éviter toutes infections dentaires que pourrait occasionner la chimio. Le 11c’est la pose d’une chambre implantable et de la pose du cathéter pour recevoir les six injections, une tout les quinze jours ; j’en ai pour trois mois.

Première injection le douze, soit dans une semaine.

Je suis quelque part pressé d’être en situation rien que pour savoir ce qu’il y a gérer et comment le maitriser.

Et surtout vendredi soir, il ne restera plus que cinq injections ; le compte à rebours vers la rémission aura commencé.

En attendant pour ce soir il me reste les bonsaïs à traiter. A mes chères bonzaïs encore une chose, une très bonnes chose pour maintenir ma vigilance, car, si je les néglige, ne serait-ce qu’une journée, ils me claquent dans les pattes.

       

                                 Le 08 mars 2010-

 

Sensation bizarre depuis ce matin ; j’ai l’impression que ce problème qui devrait me préoccuper n’existe pas. De m’aventurer dans une histoire qui ne me concerne pas. Et pourtant, tout les médicaments de l’avant pendant après, et ceux pour le cas où sont bien là.

La maladie est là, elle aussi, mais je ne la sens pas. Je crois que je redoute de réveiller le crabe dormeur qui est en moi. Un peu comme si j’allais chercher la bagarre là où il n’y en a pas.

Et pourtant, ne dit-on pas mieux vaut prévenir que guérir. Avec le cancer on fait tout à la fois.

Le retour du froid m’ennui, Si je pouvais éviter  les symptômes désagréables qu’il provoque pendant la chimio; suffirait de quelques degrés de plus. Je surveille la météo avec beaucoup d’attention.

Autre chose à surveiller, avec beaucoup de vigilance, ce sont mes cinquante huit kilos. (Tout nu et même pas mouillé). Pour attaquer trois mois de chimio et préserver ce maigre capital, il va falloir que chef carole redouble d’imagination et de persuasion.

 

                                   Le 10 mars 2010-

 

Vous n’allez pas me croire, mais mon crabe va me redonner le sourire. Si si, hier, après trois heures le combat acharné, la sympathique et douce dentiste de service m’a débarrassée la mâchoire droite de cinq chicots et racines de dents qui trainaient par là depuis au moins…plus longtemps que ça. Entre les dents du milieu et le côté gauche il en reste au moins deux fois plus à extraire. Ils en enlèvent tellement que je suis dans l’obligation de porter le fameux dentier qui va me permettre d’arborer mon plus beau sourire.

Pour l’histoire, il faut savoir que la réparation des dents était prévue pour cette année. Juste après la fin du traitement Champix et avoir fumé la dernière pipe. Mon crabe en a décidé autrement.

Mais tout ceci a un coup, qui dit dentier provisoire dit définitive. Et c’est là le problème ; Carole, a sa façon de prendre le taureau par les cornes, a annulée les vacances a st Léon du coté de Millau.

A contre cœur bien sur. Ca me fait mal de la voir prendre aussi allègrement des décisions qui nous coute. Surtout pour elle qui comte sur ce mois de vacance pour se ressourcer. Quand tu penses que la première de ses préoccupations ce sont les vacances de ses bestiaux.

Malgré tout, et ce qui lui en coute, elle a fait une priorité de la maladie et du râtelier.

Elle est bien avec moi dans ce putain de combat.

Bon courage bébé !!!!!!!!!!!

 

                               Le 12 mars 2010-

  

Et d’une ! La première chimio ne pouvait se déroulée dans de meilleurs conditions.

Ma fille s’étant organisée après son travail de nuit pour faire garder Idriss, est venu prendre un petit déjeuné avec son « papounet ». Ensuite elle m’a accompagnée a l’hôpital, pour voir, m’a t’elle dit, les conditions dans lesquelles on allait traiter son petit papa chérie et se rendre compte par elle-même ce que représentait cette phrase fatidique : »J’ai le cancer, je vais faire une chimiothérapie. »

Nous avons passé en tout et pour tout cinq heures de tendres complicité, de rire, tout en omettant pas de soulever les questions concernant la maladie avec ou sans médecins ou infirmières.

A voir comment les accompagnateurs sont reçus, démontre l’importance cruciale de leur rôle. J’ai eu la chance de le vérifier dès la première chimio. J’oserais dire que quelque part ce fut un grand moment de bonheur. Un moment privilégié avec ma fille.

Malgré ça, je rentre dans la période d’auto surveillance ; il va falloir surveiller le moindre symptôme, la moindre petite défaillance. Mais je suis déjà bien armé côté moral grâce a ma FANNY et aux noix de coquilles st jacques que va me mitonner mon cher chef CAROLE. Il faut dire que carole, en plus de la bonne marche pratique et pécuniaire de la maison assume également la diététique.

Pas de lézard, faut que je reste le plus compétitif possible. Demain il faut que je me lève pour sortir la bounette, faut                               absolument que carole se repose

Mais demain, dans quel état je serai demain ; demain il faut que je sois bien !

Je ne peux terminer le chapitre de cette journée sans vous parler de Christelle qui a plus que contribuée au bon déroulement de cette journée si particulière.

Christelle, c’est l’infirmière qui s’est occupée de la chimio, donc de moi ; avec beaucoup de gentillesse et d’efficacité. Détail qui prendra sans aucun doute plus d’importance encore la prochaine fois, si je me retrouve seul pour venir prendre ma deuxième dose.

        

Le 15 mars 2010

 

Troisième jour après chimio, sensations bizarres, aphtes, de loin les plus désagréables, faut absolument que j’oubli de manger des plats où salade en  vinaigrette.

Le reste se situerait plutôt dans la rubrique : ça plane pour moi. Il faut que je me secoue pour ne pas ne rien faire. Mission accomplie pour aujourd’hui malgré un réveil tardif à dix heures .Il faut dire que j’avais passé une nuit de chien à tousser. C’est le médecin qui venait aux nouvelles, par téléphone comme prévu, qui m’a sorti du lit. J’ai malgré tout réussi à repasser et à faire une grande balade avec la bounette.

Courageux comme je l’étais en début de journée, je suis assez comptant de moi. Voilà !!

 

Le 17 mars 2010

 

J’ai comme qui dirait la mauvaise impression, qu’après un moi de vie commune avec cette putain de maladie déclarée, des dommages collatéraux commence à se faire sentir.

Pas facile, par exemple pour carole, d’assurer sa dure journée de travail après avoir passée sa nuit à se demander quand j’allais arrêter de tousser. Puis de rentrer le soir, faire semblant de…

Elle ne fait semblant de rien d’ ailleurs ; et s’est très bien ça. Je sais parfaitement ce qui l’inquiète.

La maladie d’ abord, et cette toux dont on ne sait si elle va se déclarer et perturber une nouvelle nuit de sommeil. Les soucis d’indemnités journalières qui tardent à se faire sentir sur le compte en banque. Aux dernières nouvelles les premiers versements ont été effectués … S’il n’y avait que ça, mais ça c’est déjà beaucoup.

Il y a les dents aussi, le chantier c’est arrêté juste après la première chimio. Il faut tout remettre en route mais ma charmante dentiste ne veut prendre aucune initiative sans l’aval et les garanties écrites de l’oncologue quand a mes capacités à supporter la suite du grand nettoyage. Il reste quand même une dizaine de dents à extraire. Mes défenses immunitaires seront-elles à la hauteur ?

En attendant les aphtes me taquinent toujours, malgré la prescription d’un gel sensé me soulager. Peu être suis-je un peu trop pressé.

Heureusement que Fanny est passée petit déjeuner avec ce matin, après sa nuit de travail. Ca m’a permis de passer une matinée sereine. Après, le docteur AUBOURG, tabacologue de son état, avec qui j’avais rendez vous a COCHIN a annulée .J’ai reporté les petites démarches sans grandes importances que je devais y effectué par la même occasion.

De toutes façons il fait trop beau pour ne pas allé trainer avec la bounette .

                              Le 18 mars 2010-

 

Malgré les aphtes qui me taquinent toujours, j’ai décidé de prendre une journée de repos contre la maladie. Levé à sept heure trente, j’ai pris mon petit dej en regardant les informations. Comme d’habitude, mais c’est plutôt plus tard. Avant de commencer à songer, penser ou réfléchir je me suis installé     WOODSTOCK dans le lecteur dvd et j’ai attaqué le ménage.Ca m’a pris toute la matinée, et surtout ça m’a lavé la tête.

Après, ben, l’on pourrait dire que la routine a reprit le dessus. Pas une routine désagréable j’entends bien. Sortir la chienne, tranquille, prendre le journal, très important le journal ; surtout qu’en plus il y a toujours un échange de mots avec le marchand de journaux. Puis rentrer lire mon canard préféré et enfin, casser la croute.

Ensuite, c’est selon, sieste ou pas sieste, l’écriture du journal, inspiration or not inspiration. Si l’inspiration n’est pas au rendez vous il faut tuer le temps ; et c’est là le piège, car souvent pour tuer le temps on pense. Et dans ce cas là c’est bien lui, le crabe et tout ce qui sous entend de problèmes avec lui qui revient vous polluer les neurones.

Tiens, si j’allais promener BOUBA !

  

                            Le 19 mars 2010

 

Ce matin c’est PINK FLOYD qui contribue au bon démarrage de la journée. Ca pulse ! De toute façon  je n’ai rien d’autre à faire en attendant de sortir BOUBA .

Pendant que je me faisais une beauté, de la mousse à raser plein la tronche ; le médecin qui doit me téléphoner pour prendre de mes nouvelles a pris de mes nouvelles en me téléphonant.Ca tombe bien j’étais justement en train de me demander si le médecin qui doit prendre de mes nouvelles allait me téléphoner. Bien sur je lui ai parlé de mes aphtes (vous avez vu, je parle de MES aphtes comme de mon CRADE : lapsus révélateur ?). Bref, elle me fax, a la pharmacie, une ordonnance pour que j’aille y quérir le bain de bouche qui tue … les aphtes. Pour les dents, va falloir attendre les résultats de la prise de sang qui précède la chimio numéro deux. De toute façon va bien falloir qu’ils trouvent une solution.

Je sais déjà que la journée va bien se terminer ; FANNY rapplique avec IDRISS .Thérapie à consommer sans modération.

 

               

 

      Le 20 mars 2010

 

18 février des Diaconesses…

« Et je t’écoute », dit le sténographe. « Et nous voilà bien », lui répondis-je. « Nous » étant respectivement Pierre Marcelle et moi-même, MDA, en direct de l’hôpital des Diaconesses, dans le XII arrondissement de Paris. J’y ai été transférée hier, de Saint-Louis, pour améliorer la prise en charge du traitement antidouleur. C’est au premier étage d’une unité de soins palliatifs, mais je ne suis encore morte. Et tenais à vous le dire, haut et fort.

C’est la dernière date de l’extrait du journal de Marie-Dominique ARRIGHI paru dans le libé d’aujourd’hui. MDA, comme elle se nome elle-même est décédée le 19 mars.

Fait troublants, son journal se ferme quand j’ouvre le mien. Et surtout son « crabistouilles » comme elle le nommait, l’a terrassée au moment ou j’engage le combat contre « mon crabe ».

Va pas gagner à tous les coups cette saloperie !

 

                      Le 21 mars 2010-

 

 Marie-Do a occupée mon esprit pendant une bonne partie de la nuit. Mourir au printemps, la saison de toutes les renaissances. A 58 balais, je vais en avoir 57, dans trois jours. Triste printemps qui aura vu deux destins se croiser. Un pour qui le combat est terminé, et l’autre qui est au printemps des hostilités. J’ai l’impression de prendre le relais d’un combat inachevé tant son proche nos deux destinées.

 Je me nourrirai de ta force et de ta volonté qui transpire de tes écrits pour faire la nique a cette mort que tu as bravé avec tant de lucidité.

 

                     Le 22 mars 2010-

 

Me voilà soulagé, le traitement contre les aphtes a été efficace. J’espère maintenant me diriger vers la chimio numéro deux, et les surprises qu’elle me réserve, avec tranquillité. Essayé de passer un anniversaire avec l’esprit libre de toutes contraintes liées à la maladie.

Et pourtant, je ne pourrais pas ne pas y penser ; dans libé ce matin je découvre qu’une cérémonie laïque rendra un hommage à Marie-Dominique ARRIGHI le 24 mars. C’est le jour de mon anniversaire.

Difficile de ne pas y voir le signe d’une collaboration posthume pour Peter la gueule a ce putain de crabe.      

                      Le 23 mars 2010-

 

Ce soir concert, pourquoi changer les bonnes habitudes. Carole a toujours eu la bonne idée de m’offrir un concert pour mon anniversaire. Ce soir, Carlos NUNEZ que je connais bien. Le barde espagnol, si celui là ne me lave pas la tête…Et pour peaufiner dans la zennitude, demain, stage de rempotage a Paris bonsaï. Tout, vraiment tout pour négocier la chimio number two dans les meilleures conditions. D’autant plus que Fanny s’y colle à nouveau. Elle ne le lâche pas son papounet !  Rien que pour ça et tant d’autres choses, c’est tellement important de les sentir là, tous autant qu’ils sont, que je ne doit pas faiblir.

 

                           Le 24 mars 2010

 

Je profite de mon anniversaire pour me souhaiter beaucoup de courage pour l’année à venir.       

 

                          Le 25 mars 2010

 

Un doux parfum de blues flotte dans la maison. Pas de panique, avoir le blues ne veut pas dire dépression. Au contraire, c’est un état d’esprit, un cri un chant, une prière pour les croyants. Disons que c’est une façon d’affronter et de surmonter, à un moment donné de sa vie, les situations cruciales que peuvent représenter la condition humaine ou la maladie.

Désolé pour hier, je n’ai même pas suivit tout les coups de téléphone relatif à mon anniversaire pour cause de rempotage de bonsaïs. Ca m’a pris tout l’après midi, mais ces petits arbres, à la vie si fragile,  prennent pour moi une importance toute particulière aujourd’hui.

 J’attaque ma cinquante huitième années. Je me dis que malgré tout, en peu plus d’un mois, tous les paramètres de la sérénité ont été bouleversés. A moi de me programmer en conséquence. A  savoir que pagurus, c’est le nom scientifique de mon crabe, (cancer pagurus de son vrai nom).A savoir donc que pagurus est là et bien là, et pour longtemps, et que la règle du jeu est de le renvoyer a sa condition de crabe dormeur breton le plus longtemps possible.

J’ai des petits enfants à voir grandir moi, et je n’ai pas envie de voir un crabe de merde me contrarier tout ça.

Vous pouvez constater que mon blues tire au rock’ roll. A chacun de puiser son énergie ou il pense la trouver.

  

         Le 26 mars 2010-

 

Ca y est, j’ai reçu ma dose. C’est véronique qui s’y est attelée cette fois ci. Aussi douce gentil et efficace que Christelle la première fois.

 Les conditions étant sensiblement identiques à la première chimio, je l’ai joué vieux briscard blasé. Mais non bien sur, je rigole. Pas tant que ça d’ailleurs ; car mon soucis du moment, en écrivant ces quelques lignes serait plutôt du genre : « Qu’elles petites tracasseries ou effets dit secondaires, alors qu’ils peuvent s’avérer de première urgence, se cachent derrière cette deuxième injection. »

Pas de panique les amis, juste un moment de lucidité, comme ça en passant. Parsque quand même faut pas nier la réalité. (Le traitement de texte se rebelle mais je ne changerai rien.)

Fanny prends sur elle énormément, après ma chimio nous sommes allés un hôpital plus loin, au val de grâce, pour voir sa mère, c’est adire mon ex femme disons pour faire bref la mère de nos enfants. Triste ironie du            sort, elle se fait opérer de la carotide la veille de ma chimio. (Elle non plus, elle n’a pas assez fumée)… Comme s’ils avaient besoin de ça les enfants ! Et en plus il faut savoir que Carole, de son côté, assume elle aussi le mauvais état de santé de sa mère.

Donc si je compte bien c’est un moral force six qu’il nous faut pour traverser cette turbulence. Et cette force c’est nous : CAROLE FANNY JULIEN la MAMAN et le PAPA. Sans oublier bien sur le coordinateur de cette force … J’ai nommé super IDRISS !

 

           Le 29 mars 2010

 

  Il faut que j’arrête la chimio j’ai encore pris un kilo. Vous vous rendez compte, de cinquante huit je suis passé en un peu plus d’un mois à soixante kilos. Plaisanterie mis à part, c’est plutôt bien pour la suite de la thérapie. Le moral tenant bien le coup et les effets indésirables du traitement étant, pour l’instant et pour longtemps encore je l’espère, relativement minime, m’encourage, chaque jour qui passe, à intensifier le combat contre Pagurus le crabe.

Depuis deux jours je surveille avec une attention toute particulière le poivrier, un de mes deux bonsaïs que j’ai rempoté. Il m’a semblé faiblard, mais aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il reprend du poil de la bête. C’est dingue comme je m’accroche à ces fragiles arbres de vie. C’est un peu comme si mon bien être en dépendait. C’est peut-être plus important que ça ?

 

                    

    

  Le 30 mars 2010-

J’ai réussi à les décider à en finir avec les dents. Je comprends fort bien qu’ils prennent toutes les précautions, mais j’ai l’impression que si je les laisse hésiter le chantier va rester en vrac tout le temps de la chimio. De toutes façon, si j’ai bien compris, il y a plus de risques de faire le traitement avec des dents pourris que de tout virer une bonne fois pour toute. Alors, svp, viré moi tout ça et qu’on n’en parle plus. J’ai hâte de pouvoir sourire avec mes vrai fausses dents toutes neuves.

He bien non, malgré toute ma force de persuasion j’ai quand même eu droit a une prise de sang avant l’intervention. Bien leurs a pris vu que le résultat ne permettait pas de nettoyer le râtelier dans les conditions voulus. Prochaine tentative mardi prochain. Ma chère et sympathique dentiste m’a quand même présentée mon futur beau sourire. De ce côté-là je suis sure que le travail a été fait.

 

             Le 31 mars 2010

Depuis lundi Carole est partie en stage de formation dans le cadre de son travail, à Tour. Je trouve ça très bien ; je pense que ça lui permet de prendre un peu de recul avec la maladie. Disons de changer d’air. Julien et Fanny se relais pour ne pas me laisser seul. Ils ne m’ont même pas demandés mon avis ces deux là… Je les adore !

 

            Le 1er avril 2010-

J’ai passé deux soirées formidables avec mes enfants, Carole rentre ce soir et pourtant, ce matin je suis en proie à un désagréable coup de blues. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de nettoyer tout ça à coup de FLEETWWOOD MAC (groupe mythique des années 70 pour ceux qui ne connaissent pas) ; mais je pense que le souci du moment  c’est Jimmy, mon premier fils. Mais voila le problème, c’est aussi le dernier à s’investir. Que ce soit pour sa maman, et surtout pour elle, chez qui il habite et cohabite avec Julien son frère où pour sa sœur qui s’investie corps et âme pour que, pense t’elle, elle finira par lui faire entendre raison par sa force de persuasion. Mais nous savons tous, et Fanny aussi, que l’alcoolisme est une maladie mais une maladie qui se soigne quand le malade est décidé à se faire soigner. Quand a moi, la dernière fois que je l’ai vu, c’était le jour où les enfants ont appris ma maladie. Ce jour là, pendant que je dédramatisais tout ça avec Fanny et Julien il est arrivé… complètement bourré. Je lui ai fait un café avant de le renvoyer, non sans lui dire qu’il pouvait revenir, quand il voulait, mais a jeun. C’est vis-à-vis d’eux trois là bas, à Noisy, que je me fais du mouron ; quand tu sais que le jour où sa mère est rentré de l’hôpital il était encore en overdose alcoolique. Qu’il me fasse ce genre d’affront me perturbe moins que ce qu’il fait subir à sa maman à son petit frère et surtout, surtout à sa sœur qui a tant fait pour lui et plus encore, alors qu’il ne le mérite pas. Dure constat me direz vous, je ne pense pas. Quand tu as tout dans les mains pour ne pas baisser les bras tu n’a pas le droit de décevoir. A ce jeu là je crois que je sais de quoi je parle. Dommage, nous n’avions vraiment pas besoin de ça.

 

Le 2avril 2010-

 

La journée est al’ image du temps, triste et maussade. Pour la première fois depuis que suis arrêté je n’ai rien entrepris de particulier. Pas de panique, tout va bien. Carole est rentrée mais elle travaille aujourd’hui encore, des demain c’est trois jours que nous allons passer ensemble, trois jours où je ne serai pas seul pour tuer le temps. Non pas que je m’ennuis, certaines journées me paraissent trop courtes, mais certaines autres comme aujourd’hui (elles sont rares heureusement) s’étirent dans un ennui infini. « T’as qu’a écrire » me direz vous, mais écrire aussi demande une certaine énergie. Je dirais même une énergie certaine. Pour ces quelques lignes, par exemple, je puise dans mon minimum vital.

Energie, voilà a qui ça me fait penser, a cette dame que nous croisons régulièrement avec Carole quand nous sortons Bouba. Cette dame qui se déplace dans un fauteuil roulant antique. Qui de son propre gré refuse toute assistance mécanique ou électrique. Cette dame qui n’ayant plus ses jambes fait marcher ses bras pour garder sa tête. Il faut la voir remonter la rue de Cambronne sa cagette remplie de victuailles sur les genoux. Et aussi ne pas oublié de s’arrêter chez notre caviste préféré, (nous avons le même caviste vous l’aurez deviné) prendre une bonne bouteille de vin ou tout simplement papoter. Cette dame avec qui nous avons fini par sympathisé a force de se rencontrer, et bien je lui ai dis a cette dame après lui avoir parlé de la maladie ; que c’est a travers les gents comme elle que je trouvais la force morale pour garder le cap. Je viens juste de la rencontrer à la pharmacie nous avons donc le même pharmacien.

 

                             Le 6 avril 2010-

 

Ils annoncent, plus belle journée de la semaine. Météorologiquement parlant soit dit en passant. J’espère qu’odontologiquement ce sera la même chose, et que la prise de sang effectuée ce matin permettra la fin de l’extraction de mes chicots tout pourris. C’est que j’ai un beau sourire tout neuf qui m’attend moi ! Pas de pot pour la chienne, pour la plus belle journée de la semaine depuis longtemps elle devra rester à la maison. A charge de revanche ma Bounette !

 

                          Le 7 avril 2010-

 

Ca y est, tout est nettoyé, enfin ! Près de trois heures il aura fallu. Même pas mal ! Juste l’anesthésie qui m’a agacée, et il y en a eus des piquouses pour insensibiliser tout ça. Même pas mal je vous dis, taquiné seulement. Du mal c’est elle qui en a eu, ils ont beau être tout pourris les crocs, et bien c’est comme la mauvaise herbe, ils s’accrochent. Elle c’est tellement appliquée à faire du bon boulot, qu’elle en a oubliée l’heure. Et, quand elle est partie chercher le dentier à l’atelier des prothésistes, elle l’a trouvée fermé. Pas le dentier, l’atelier. Promis juré, le sourire qui tue c’est pour mardi prochain. De toute façon je ne peux lui en vouloir, je lui ai donné tellement de boulot.

Le 8 avril 2010-

J’ai encore passé une nuit de chien, à tousser penser et réfléchir. A quoi au juste ? Je n’en sais trop rien. Un tout, dirons-nous. La chimio de demain est reportée à lundi, allez savoir pourquoi, c’est con, mais ça me contrarie. C’est peut &eci

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